Ce n'était pas le cas.
Lorsque nous sommes appelés sur un accident, nous ne savons jamais exactement ce que nous allons trouver. Nous avons une route, un véhicule, parfois plusieurs personnes impliquées et très peu de temps pour comprendre ce qui s'est passé.
Sur place, chacun sait ce qu'il doit faire. Il faut sécuriser la circulation, permettre aux secours d'intervenir et vérifier l'état des personnes présentes. Les gestes s'enchaînent vite. Les questions viennent ensuite.
Qui conduisait ? D'où venait la voiture ? Depuis combien de temps était-elle sur la route ? Le conducteur avait-il consommé de l'alcool ?
À ce moment-là, il est déjà trop tard pour changer la réponse.
La voiture a quitté son point de départ. Les kilomètres ont été parcourus. Si une personne est blessée, aucune explication ne permettra de revenir au moment où elle est montée dans le véhicule. Sur le bord de la route, nous pouvons comprendre une décision et en constater les conséquences. Nous ne pouvons plus l'empêcher.
Mais le début de l'histoire ne ressemble pas du tout à sa fin.
Au début, il n'y a pas de gyrophare. Il n'y a pas de pare-chocs arraché, de route bloquée ni de secours. Il y a souvent une scène beaucoup plus simple : quelqu'un termine une soirée, retrouve son manteau et reprend ses clés.
Cette personne ne se dit pas qu'elle va avoir un accident. Elle ne se considère pas forcément comme ivre et encore moins comme un danger pour les autres. Elle pense connaître la route. Elle sait qu'elle n'habite pas loin. Elle se sent capable de rentrer.
Puis elle démarre.
Entre ce geste ordinaire et notre arrivée sur les lieux, tout peut basculer en quelques minutes. C'est cette distance-là qui m'intéresse : celle qui sépare une impression rassurante d'une réalité devenue impossible à ignorer.
« Une conviction sincère ne rend pas la route plus sûre. Les accidents ne commencent pas toujours avec quelqu'un qui cherche le danger, mais avec une personne qui utilise son impression personnelle pour répondre à une question que seule une mesure peut trancher. »
Pendant 18 ans, j'ai entendu beaucoup de conducteurs expliquer leur choix. Les mots changent, mais le raisonnement est toujours le même : le trajet paraissait faisable et rien, au moment de partir, ne leur donnait l'impression qu'un drame allait se produire.
Le ressenti peut vous dire que vous êtes fatigué, que vous avez faim ou besoin de vous asseoir. Il ne peut pas vous donner une mesure de votre alcoolémie. On peut être calme, parler normalement et connaître par cœur son trajet sans savoir précisément ce que l'organisme a éliminé.
Sur le bord de la route, lors d'un contrôle ou d'un accident, un appareil officiel est utilisé pour obtenir un chiffre indiscutable.
Alors, après avoir vu trop souvent la fin de l'histoire, je me pose toujours la même question : pourquoi attendre le bord de la route pour chercher une information qui pouvait être obtenue avant de partir ?
